Brushings et Polémiques

Twitter est un monde délicieux. On y croise des camarades de jeu, des contradicteurs, des haineux, des fragiles, des enthousiastes, des gentils… et on y fait ses propres expériences allant de l’empoignade plus ou moins bon enfant à l’observation de l’effet que peut produire le fait de modifier simplement la photo de son profil.

Sur ce modeste blog, vous apprendrez que je regarde attentivement ce qui se passe dans mon trafic. Je vois d’où viennent les visiteurs, je vois combien de temps ils passent, je vois que le mot-clé qui performe le plus est sans conteste « big boobs » (avec un taux de rebond évidemment mauvais puisqu’on ne voit jamais les big boobs sus mentionnés). Je vois aussi la différence de succès qu’il y a entre les articles qui présentent en photo principale celle d’un produit en gros plan ou mon délicat minois (avec rouge à lèvre. Si si, ça clique plus avec que sans).

L’objet de ce billet de blog est le fruit de ces expériences-là et d’une errance capillaire débutée en primaire avec, pour ma mère, l’injonction de lisser chaque matin religieusement ma frange à la brosse ronde. Depuis cette époque-là, j’ai varié les coupes et les styles mais mon regard sur la distinction bouclés/lisses n’a jamais changé, lui : bouclé me semble plus revendicatif, lisse me donne plus d’assurance.

En rédigeant ce post, je découvre l’existence du mouvement « Nappy » (contraction de Natural and Happy) qui correspond à la démarche de certaines visant à s’affranchir d’un modèle qui prône la suprématie du cheveu lisse. Je suis irrémédiablement dans cette interrogation-là. Assumer sa singularité dépasse décidément les seules limites de la silhouette et du tour de poitrine. La forme du nez, la couleur de peau, la pilosité et les cheveux, donc, font partie d’un parcours à la fois intime et social et de celui de Madame Curves. Je vous recommande pour commencer la lecture de cet article du Huffington Post daté de 2015 qui dresse un petit bilan très instructif sur le sujet.

Moi, j’ai en quelques semaines expérimenté un changement notable d’attitude chez mes interlocuteurs et dans les mentions dans mes messages privés. Figurez-vous qu’on me drague avec plus de délicatesse avec la photo de gauche qu’avec celle de droite, qu’on m’insulte davantage avec celle de droite et que par deux fois, on m’a taxée de djihadiste avec ces boucles-là. L’un de mes interlocuteurs s’est même évertué à me démontrer cartes géographiques et frises chronologiques à l’appui que bien qu’étant d’origine bretonne et vendéenne, mon physique était le fruit d’une invasion de l’Europe au Moyen Age (je ne suis pas sûre d’avoir bien retenu ses enseignements) par les Barbares venus du Moyen Orient et/ou d’Afrique du Nord (ce qui ne me poserait aucun problème dans l’absolu, la question n’est pas là). Le constat est le suivant en ce qui concerne mon expérience personnelle – y compris en dehors des réseaux sociaux : plus de boucles, moins de retenue, c’est indéniable.

Au-delà de ces considérations, je me suis lancée depuis quelques mois (années ?) dans la quête du volume de mon adolescence (je parle de mes cheveux, mauvaises langues que vous êtes). Je ne compte plus les marques, formules et textures que j’ai essayées au fil des ans ; ma routine comprend quotidiennement au moins :

  • un shampoing,
  • un masque ou (dans les jours moins fastes) un après-shampoing, de préférence nourrissants,
  • une crème de jour ou un coiffant sans rinçage (nourrissant ou hydratant) et quand le cœur m’en dit,
  • un masque de nuit.

Bref, des caisses de pots, de tubes et de flacons et une coiffeuse toujours fascinée quand je lui rends visite par la texture de mes cheveux qui sont « différents » (sic). Hé ouais, Madame, mes cheveux sont différents.

Récemment, ma copine Stéphanie (celle qui m’interdit mon jean boyfriend) m’a conseillé en grande surface le soin sans rinçage Elsève – Cica Repair qui, je cite, « combat 1 an d’agressions en 1 application ».  Sa formule au calendula et au céramide (je cite toujours) adoucit et répare les cheveux abîmés et a été testée sur des cheveux agressés par le fer à lisser (le diable, donc). Comme tous les produits cica-quelque chose, la composition est destinée à réparer, à cicatriser mais ne renvoie pas (d’après mes menues recherches) à un cocktail d’ingrédients commun. On en apprend des choses, sur Madame Curves, hein ?

Et ben je suis bluffée. Première constatation sous la douche après mon shampoing : au toucher, je ne sais plus si j’ai appliqué mon masque ou mon après shampoing tant mes cheveux sont doux. Cela ne m’arrive JAMAIS. Je m’offre le luxe de sauter cette étape et d’économiser au bas mot 15 euros par mois (Messieurs qui me lisez, ne tombez pas de votre chaise, une crinière enjôleuse, ça coûte cher).

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Seconde constatation, une quantité raisonnable suffit. Là où il me fallait au moment du coiffage rajouter un masque nourrissant pour redessiner mes boucles, je peux me contenter de deux ou trois cuillères à café de produit. Une peu pour l’ensemble de la chevelure (racines et longueurs) et un peu pour définir les pointes et me préserver de l’effet pompon.

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Comme le produit n’est pas gorgé d’huiles et de beurres en tous genres, le résultat est plus léger, plus naturel (et je l’admets en revanche, un peu plus soumis aux aléas climatiques). Maui – Curl Smoothie que j’ai tant aimé, je regretterai au quotidien tes parfums exotiques et ta gourmandise mais peut-être garderai-je un tout petit peu de toi pour les mèches les plus récalcitrantes. Pas encore sûre de consommer la rupture.

Troisième constatation, je n’ai pas besoin d’appliquer le produit tous les jours. Je saute carrément l’étape lorsque je lisse mes cheveux et garde un tout petit peu de produit pour les finitions.

J’en profite pour vous annoncer le trépas de Lucille et l’arrivée dans mon foyer de sa petite soeur Philips – ProCare Brillance en version irisée crème qui offre les mêmes avantages, les mêmes accessoires tous dotés du même système de fixation merdique qui aboutira immanquablement un jour à ce que je l’enroule de scotch dans un élan d’agacement. Lucille est morte, vive Lucille. (Pour les nouveaux venus, cette brosse soufflante génialissime porte ce nom en l’hommage de la batte rafistolée de Negan dans the Walking Dead. Avec elle, mes boucles trépassent).

Je suis contente du résultat, ça pousse ! Je veux du volume et du naturel. Et je veux aussi une belle longueur pour faire des tresses, des chignons et que sais-je encore avant que mon grand âge ne m’enjoigne d’être sage.

En parlant d’âge et de sagesse, vous aurez peut-être constaté que j’ai finalement recouvert mes cheveux blancs. Monsieur Curves regrette de voir la féministe que je suis capituler mais mon collègue commercial était ravi et m’a gratifiée d’un aimable « on dirait une jeune fille » qui m’a rappelé la fois où il s’était extasié sur une demoiselle en avançant qu' »avec une nana pareille [ndlr, à ses côtés pour la négociation], on vend n’importe quoi » (sic). Bref. c’était certainement flatteur.

Moi qui tirais jusque là une certaine fierté à assumer mes cheveux blancs, j’ai commencé au fil des jours à trouver qu’ils étaient trop présents et apportaient un je-ne-sais-quoi de bordélique à la coiffure. J’ai opté pour Korres et ses formules plutôt naturelles et respectueuses des cheveux et après quelques errances dans le choix de la couleur, j’ai choisi la teinte « Chocolat » qui est vraiment proche de ma couleur naturelle. Je l’applique sur l’ensemble de la chevelure tous les 3 mois mais je veille à refaire les racines tous les mois parce que ouais, ça craint vraiment.

La formule me plaît avec sa longues liste de « sans… » (silicone, ammoniaque, parabène, huile minérale, résorcine, PPD). Elle n’a pas été testée sur les animaux et contient de l’huile d’argan, de la kératine naturelle et de l’extrait d’avoine (et tout plein d’autres choses moins recommandables, peut être, je ne sais pas). L’application est classique avec gants en plastiques, atelier du petit chimiste pour mélanger la coloration et le révélateur et temps de pose de maximum 35 minutes avec, pour finir, 1 après-shampoing fixateur de couleur au tournesol et au thé de montagne. Montagne ou pas, dans les faits, ça schlingue quand même et il faut chouchouter un peu ses cheveux dans les jours qui suivent. Ça reste une coloration.

Je ne regrette pas le léger changement de cap. Je dis « léger » mais rien n’est vraiment léger avec les cheveux. Je suis passée à un stade de ma vie où laisser à mes cheveux leur couleur naturelle est un choix militant (et un rien handicapant d’un point de vue commercial, donc). Moi, je vois quand même que le temps passe, que mes réveils le matin ont moins de panache qu’avant et que reculer un tout petit peu la pendule avec un minuscule artifice me fait du bien.

Je vais continuer à papillonner du lisse au bouclé selon mes envies. Madame Curves est comme ça, changeante et cœur d’artichaut. Pour les débats, quel que soit mon choix de coiffure, en revanche, rien ne change. Je me moque que mon interlocuteur me pompe l’air à m’expliquer d’où je viens mais chaque fois qu’il cherchera à nous dicter à moi et mes frangines crépues, lisses, bouclées, voilées ou têtes nues quelle attitude adopter, il trouvera du répondant.

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