Come Back (Fuck Marie Kondo)

Madame Curves a traversé une crise identitaire ; 5 mois de questionnement sur le féminisme, les violences sexistes et sexuelles, sur le trauma, sur les gros chagrins et sur la vacuité d’écrire sur son rapport à la mode, à l’image et au corps. Les détails n’ont pas d’importance. Mais il a fallu du temps pour retrouver la place que je souhaitais donner à Madame Curves et laisser à Stéphanie les coups de gueule et les crêpages de chignon en dehors de ces pages. Mais ça y est.

En passant, j’ai choisi avec peine pour illustrer cet article une photo floue. Je revendique le droit à utiliser le flou en particulier quand il sert mon propos. Ouais, je suis de retour avec le grain de ce cliché. Un peu crawa, un peu inexact, légèrement jaunâtre mais sans l’artifice d’un filtre. Le flou, c’est chouette, ça fait un joli grain de peau.

Declutter… Reclutter

Je tiens solennellement à présenter mes excuses à mon dressing ; j’ai été méchante, indifférente et froide envers mes petites bottines, mes escarpins chéris et mes vestes adorées. Pas un regard pour mes chemisiers, mon pantalon en cuir et ma robe en guipure. Rien. Cette grosse déprime m’a même amenée à croiser les vidéos de Marie Kondo (la businesswoman du rangement aux dents qui rayent respectueusement le parquet) et à appliquer certains de ses préceptes. En l’écrivant, je réalise la gravité – et la candeur – de la situation : ranger, moi ?!

En février, j’ai donc réussi à force de ténacité, de déprime et de ras le bol, à rassembler une quantité importante de vêtements à donner. Caban, doudoune neuve, chemisiers satinés partent pour la Croix Rouge. Mais j’ai aussi mis de côté d’autres pièces totalement neuves – certaines avec étiquette – qui pourraient me permettre de me faire un petit peu d’argent de poche.

 

Vinted, c’est un petit miracle. Je vends plusieurs robes, une paire de chaussures et 2 sacs en quelques heures et j’en profite pour faire un tour sur ce que les autres ont à vendre… Petite Mendigote, Patricia Blanchet, Kiehl’s, Fresh, Violeta, Satellite… Et en un rien de temps, c’est l’amour fou de nouveau avec mon dressing… et pour les quelques bonnes prises que je vous présente juste au-dessus avec, entre autres, les derbies polémiques rose gold neuves à 10€…  Sayoonara Marie Kondo, konnichiwa Madame Curves !

Un manifeste

Ma copine Rakia – qui fait un modeste mais pimpant 38 – est une pro de Vinted. Elle ne fait pas de quartier. Dès qu’une pièce de son dressing commence à trop se voir dans la rue, elle la vend sans hésitation et vise sa remplaçante plus pointue. Rakia renouvelle son dressing régulièrement et se fout des minauderies de Marie Kondo. Elle, ce qui l’intéresse, c’est d’avoir un chouette look. Elle m’explique qu’elle ne veut pas des pièces que tout le monde a et cela me renvoie immanquablement à la raison d’être de Madame Curves : Etre + size et être comme tout le monde. Avoir droit aux T-shirt/jean, au sexy, au moulant, au casual, au pointu, à tout ce qu’on veut sans se restreindre. Comme tout le monde.

Et comme tout le monde (et comme Rakia un peu aussi), j’ai quelques basiques. Trench, tote bag, jupe en cuir, petite robe noire, pantalon habillé, escarpins et chemise en jean pour n’en citer que quelques uns. Des musts à choisir avec beaucoup de soin par ce qu’ils vont avec tout et sont des valeurs sûres. Jusque là, rien à redire.

 

Là où le bât blesse en revanche, c’est sur l’obstination avec laquelle je veux des jeans de toutes les formes alors qu’objectivement, seul le super slim me va. J’ai interdiction formelle de la part de ma copine Stéphanie, de porter mon boyfriend qui ne flatte rien des hanches aux fesses en sa présence. Mais j’insiste quand même. Il est trop chouette… sur un cintre. Sur moi, non.

Je regarde amoureusement mon autre boyfriend ultra rigide, bien trop trash pour mon âge et ma personnalité et je l’aime quand même mais pas pour les bonnes raisons. Comprenez bien que pendant toute ma jeunesse (hier, donc, si si), il n’en existait pas pour les grandes tailles. Je l’ai gagné ce truc. Et encore aujourd’hui je suis heureuse de le croiser au hasard d’un cintre. Lui restera encore un peu dans mon dressing pour toute la symbolique d’émancipation par le conformisme qu’il représente. Ben ouais.

Mais quand même, je le sais, Rakia a raison ; faire comme tout le monde c’est un peu nul. Le comprendre a été/est une étape importante, me semble-t-il, pour m’affranchir de ma propre injonction à porter à tout prix du jean trash, du bootcut, du droit ou du girlfriend dans le seul but de défendre mes libertés – et mes fantasmes – de plus size.

Décaler

S’il est une habitude qui m’est restée au fil des mois, c’est le réflexe de décalage. Même si je dois l’avouer, le quotidien a davantage consisté à faire tourner les mêmes gilets, les mêmes sweat shirts et les mêmes bottines qui vont avec tout et n’importe quoi. Je crois que cela fait partie de ma personnalité. J’aime les ruptures de style, du niveau de langue à l’attitude ; au lisse maîtrisé, je préfère de loin le faussement négligé, la petite pointe de « don’t mess with me », le décalage d’un basique avec une pièce forte.

 

Le plus simple est toujours d’opter pour un jean, un t-shirt et de composer ensuite. Ici, je voulais tester une paire de boots Sarenza hyper rock dénichée sur Vinted. Les intégrer à quoi que ce soit a été plutôt compliqué. Le style n’est pas vraiment un problème, mais les proportions ont quant à elles nécessité de contrebalancer la silhouette avec ce blazer blanc. Epaulettes discrètes, boutonnière dorée et tissu fluide pour ne pas alourdir mais pour donner le change en structurant un peu. Je me sens un peu dans la peau d’une rock star. C’est comme ça que j’imagine Johnny (paix à son âme) se cuisinant une omelette avec sa quincaille, un trait d’eye liner et ses tatouages un rien défraîchis. Elles sont too much ces bottines, mais je les adore (mille fois plus que Johnny – paix à mes fragiles oreilles) et je les porterai avec joie.

 

Décaler, c’est facile, si on suit toujours le même principe. Ici, le sac à main »Caramel » de Petite Mendigote en daim bleu klein et paillettes noires. J’ignore toujours pourquoi Petite Mendigote a choisi le nom « Caramel » pour ce sac qui existe en coloris noir et vert d’eau en plus de ce bleu klein. Les voix de la maroquinerie sont impénétrables mais on s’en fout. Il est trop beau, super chic et audacieusement cassé par cette petite paire de baskets de ville rose poudré Geox. 

 

Le principe est le même avec à peu près n’importe quelle pièce, de la jupe très marquée à la veste tweed bizarre, en passant par le t-shirt de rock à la coupe un peu trop masculine et qu’il faut féminiser à mort avec des sandales chic et un trench fluide.

Je profite pour préciser que ces montages sont issus de l’application My Dressing que je continue de chérir tant elle me permet d’élaborer des looks chouettes. Le passage de la théorie à la pratique (de la composition sur écran au résultat porté) n’est pas toujours concluant mais d’une manière générale, l’appli me permet de rester lucide sur ce que je possède déjà et sur ce qui me manque cruellement (oui, cruellement, fuck Marie Kondo) et de tester des associations que je n’aurais jamais faites rien qu’en regardant mes fringues incarcérées sur mes trop petits portants.

Pour le tri entre les pièces qui me vont et celles que je conserve par amour du conformisme (ça sonne bizarre, décidément), j’envisage une expérience simple : tester chaque jour une composition différente, prendre une photo en pied pour voir ce que ça donne et déterminer quelles pièces méritent de me quitter ou d’être conservées (méthode étrangère à Marie Kondo à en juger par ses horribles ballerines). Une nouvelle idée d’article ? Pourquoi pas. Madame Curves is back. Yay.

 

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