Taaj : d’Amour, d’Eau Fraîche et de Business

Je passais jusque là devant Taaj sans y prêter la moindre attention. Je ne comprenais pas la marque. Lorsque l’on fait un tour dans les cosmétiques des pharmacies et parapharmacies, on est plutôt habitué à des tubes classiques, des appellations scientifico-naturelles misant sur la technicité ou les ingrédients. On nous parle type de peau, service rendu et expérience sensorielle mais plus rarement de philosophie et de tempérament.

Dites-moi ‘Ayurveda’ et voilà que déjà j’entends les boings boings d’une cithare indienne. Hello Ravi Shankar et bonjour les clichés. En réalité, la médecine Ayurvédique vise à maintenir ou rétablir l’équilibre entre le corps et l’esprit. Jusque là tout va bien. Mais dans ma parapharmacie d’hypermarché de banlieue parisienne, entre le liniment et les brosses à dents électriques, j’ai pas vraiment l’impression de m’en remettre à une approche holistique de la santé. Mon impression à moi, c’est d’avoir affaire à un gros coup de bluff marketing. Inutile de vous dire que je suis absolument hermétique au discours de la marque.

Cette frilosité est sans doute dûe à mon foutu profil ayurvédique ; je viens de découvrir sur le site Taaj un étonnant questionnaire qui révèle à la fois mes contradictions habituelles et mon appartenance à la famille Kapha. Et être un Kapha, c’est pas du joli joli (pores bouchés, teint brouillé, apathie et nature quelque peu instable ; bon ok, c’est vrai).

Je fais ensuite un tour par la page « La Belle Histoire » du site et voilà-t’y pas que je me retrouve embringuée dans une aventure des mille et une nuits parfaitement capillotractée. Evidemment, le Taj Mahal est là, tout pomponné de filtres roses, les petits pictos nous montrent un éléphant dans tous ses états et la mayonnaise monte. Légende, voyage initiatique, roi et reine, source de jeunesse et ‘haut de gamme à la française’. Bim bam boum, j’te fais une identité de marque en un tour de crayon.

Quand j’ai craqué sur ce coffret, je suis évidemment passée à l’action sans avoir la moindre idée de ma nature Kapha. J’avais basiquement découvert la marque par des échantillons (oui, je fais partie des impies qui utilisent les échantillons). Et maintenant que mes chakras sont ouverts et que mon karma est mis à nu, si c’était à refaire, je ferais pareil. Je fais dans la logique, moi, M’sieurs-Dames. Je me dis pas que si mes pores sont bouchés, c’est la faute à Vishnu. Dans ma logique aussi, les coffrets de Noël sont en général économiques. J’ai d’ailleurs eu cette petite chose au prix raisonnable de 18€ et des poussières. Pas si mal pour 1 gommage de 30 ml, 1 masque de 30 ml également et un full size de gel-crème hydratant.

L’approche en revanche me désarçonne carrément. Si l’ingrédient phare de ces petite merveilles est l’eau de l’Himalaya, qu’en est-il de l’environnement, du bio ou du commerce équitable ? Je ne trouve pas d’infos sur le sujet. Et quand on est fier de ses ingrédients, de l’info, on en propose un max. Les tubes ne proposent qu’une ligne ou deux intitulée « Synergie d’actifs » et ne liste que les extraits naturels et prestigieux. Il faut se référer au dos du coffret pour en savoir davantage. Voici la liste réelle des ingrédients du masque hydratant avec 2 types de silicones (le reste de la formule étant correct aux yeux de la profane que je suis) : Aqua (water), rosa damascena flower distillate (rose water), caprylic capric triglyceride, dimethicone, propylene glycol, ricinus communis (castor) oil, glycerin, sorbitol, prunus amygdalus dulcis oil, cyclomethicone, hibiscus sabdariffa flower extract, calendula officinalis flower extract, oleyl alcohol, aloe barbadensis extract, cucumis sativus extract, glycyrrhiza glabra, root extract, triethanolamine, benzyl alcohol, imidazolidinyl urea, parfum/fragrance, carbomer, sodium benzoate, tocopheryl acetate, lactic acid.

Ce coffret-là est plutôt bien construit et donne matière à un chouette rituel du dimanche matin. Avec l’approche gommage à grains Kérala, attention à avoir la main légère pour conserver le film hydro-lipidique de la peau. Si c’est votre méthode préférée, optez pour des massages légers, du bout des doigts. Mon coeur à moi est au gommage enzymatique ; il suffit de le laisser poser 5 minutes. Oui oui, il fait les deux ! Un trèèèèèèès bon point pour ce produit.

Le masque Kashemire nous fait la jolie promesse d’une peau régénérée, douce, apaisée et d’un teint frais et éclatant. Promesse tenue avec la sensation d’une peau fraîche et hydratée. L’expérience est agréable et j’aurai plaisir à glisser ces deux tubes-là dans un sac de voyage ou à les intégrer de temps à autre dans ma routine de soins.

Avant d’appliquer la crème hydratante, je teste la brume Kérala avec l’espoir qu’elle fera le poids face à ma chère et tendre Eau de Beauté – Caudalie. La raison ? Une différence de prix qui va du simple au triple. Mais la brume Taaj se fait malheureusement rétamer (comme c’est élégamment dit !). Le flacon en plastique est certes pratique mais est évidemment trop grossier face à la superbe du vaporisateur en verre opaque de Caudalie. La brume si fine et si vaporeuse de Caudalie est d’un chic comparée à la douche écossaise de la « brume » Taaj. Sortez les cirés ou évitez de vaporiser la Kérala une fois habillée, vous risquez de vous en mettre partout. On ne vaporise pas, on se fait éclabousser, comme à la piscine.

Pour les raisons sus-mentionnées, pas question non plus de vous rafraîchir le teint en cours de journée ou d’espérer fixer le maquillage. Même avec du waterproof.

La formule enfin est nettement moins sophistiquée et on perd les bienfaits des huiles essentielles de la composition Caudalie ainsi que l’expérience sensorielle qui la rend si addictive. Bref, les voies des Dieux Hindous sont impénétrables sur ce coup-là.

Je termine mon petit rituel-découverte par la crème hydratante Kashemire pour les peaux mixtes (et pour les Kapha). Sa texture légère un peu gélifiée la rend agréable à appliquer. Elle pénètre facilement dans la peau et s’étire suffisamment pour pouvoir l’appliquer jusque sur le décolleté avec une quantité raisonnable (voir photo). En revanche, je recommande d’attendre un petit peu avant de passer au maquillage. La peau reste légèrement collante pendant 10 à 15 minutes. Passé ce petit interlude, poser le fond de teint au pinceau se fait facilement.

Expérience somme toute positive mais si je dois recommander les produits Taaj, je ferai sans nul doute l’impasse sur la partie ‘Folklore et Traditions’. Je ne m’en remets décidément pas. Je comprends le concept, ouais, mais lorsqu’il s’agit de cosmétiques, flirter avec la médecine traditionnelle d’Inde ou d’ailleurs ne souffre pas que l’on travaille avec autant d’ingrédients contestables. Les formules sont loin d’être naturelles et transgressent allègrement les lois de la médecine Ayurvédique. C’est sans surprise, malheureusement : il y a chez Taaj un drôle d’équilibre entre le corps, l’esprit et le marketing. Namaste quand même.

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