Quarante ! (#balancetonporc #metoo)

Je suis un peu embêtée avec ce post. J’aurais aimé parler de légèreté, de soins, du corps et de la liberté d’être inconséquente, un peu, mais j’ai du mal. Je viens de souffler ces quarante bougies en plein #metoo et #balancetonporc et j’ai participé à quelques débats dans lesquels j’ai, entre autres, été invitée à rester chez moi pour éviter de prendre le risque d’être violée. Le tout dans une rhétorique mielleuse et paternaliste du plus bel effet. Je prends facilement part aux débats, je m’énerve, je m’insurge, je me navre ; je ne suis pas bien sûre que ce soit utile et pas convaincue non plus que ça ne le soit pas.

Je suis comme toutes les femmes, j’ai déjà été importunée dans la rue, sur des parkings, dans un pub, dans ma voiture, en vacances, en allant faire les courses, à la fac, la nuit, le jour, à 15 ans, 20 ans, 30, 35, pas encore à 40. Quand je dis « importunée », je ne parle pas de drague lourdingue ou maladroite, je parle de la situation dans laquelle « l’autre » – un homme – a adopté un comportement clairement inapproprié parce qu’il a :

  • fait une remarque sur mon attitude, ma tenue, mon poids, mes seins, mes fesses, etc.
  • fait un geste désobligeant ou dérangeant, en se collant à moi, en mimant l’acte sexuel, en mimant mes formes, en me barrant la route, etc.

J’ai vécu toutes les situations décrites dans ces deux points ; certaines plusieurs fois. Et avec le recul des années, je suis de plus en plus choquée par la nature systémique du phénomène. Il y a les femmes – dont je fais partie – qui ont appris à changer de trottoir, presser le pas, mettre des écouteurs ou des lunettes de soleil dans certaines occasions et un grand nombre d’hommes qui ont, eux, appris qu’il était parfaitement acceptable de chosifier le corps de l’autre. C’est un fait, j’en suis témoin. Je l’ai vécu, mes amies l’ont vécu, des membres de ma famille l’ont vécu et malheureusement, ma fille le vivra elle aussi.

Je ne cherche pas à me lancer dans un débat, hommes vs femmes ; j’ose espérer d’ailleurs que plus personne ne résume #balancetonporc et #metoo à une vulgaire guerre des sexes. Ce serait navrant. Personnellement, je ne suis en guerre contre personne mais je ressens – et j’ai toujours ressenti à des degrés divers – qu’il était nécessaire de revendiquer la femme que j’étais et où se trouvait la limite entre ce que je jugeais juste et acceptable pour moi et le reste. Ces quarante ans qui se sont écoulés n’auront pas été de trop. Les quarante à venir non plus.

Il me semble que le bénéfice de #balancetonporc et #metoo aura au moins été de créer un espace de discussion et d’affirmation des droits des femmes à porter ce qu’elles veulent, aller où elles veulent, être ce qu’elles veulent. J’aurais aimé que chaque post portant  #balancetonporc ou #metoo, chaque tweet, chaque billet de blog soit compris dans sa forme initiale – un témoignage – avant d’être soupesé, trié, analysé dans tous les sens pour aboutir à une lecture éminemment passionnante des mouvements de foule buzzifiants du web, de France et de Navarre.

Je ne rejette pas l’analyse sociologique mais je déplore la détermination avec laquelle certains vident cet élan de sa substance. Pire encore, ça m’atteint en tant que femme. Parce qu’en plus d’avoir vécu ces situations listées plus haut, après avoir entendu bien pire de la part de personnes que j’aime, j’ai l’impression que par ce débat sur la rhétorique du #balancetonporc et sur la psychologie collective, on cherche à nous dicter ce qu’il convient de dire et comment, et on en vient à nous expliquer que nous n’avons rien compris à rien.

Il n’y a rien à comprendre ; un homme un jour s’est collé de tout son long contre moi dans le métro, son sexe contre ma jambe. Je n’ai pas fait d’esclandre, je n’ai pas hurlé dans la rame, je ne me suis pas battue sur le quai ; je l’ai repoussé et je me suis éloignée. Je connais plusieurs femmes à qui c’est arrivé ; même scénario. Je ne sais pas si elles ont utilisé ou non l’un des hashtags en vigueur mais si c’est le cas, alors soit, moi je veux bien que l’on dise de nous que nous sommes de stupides moutons dans un énorme troupeau de moutons. Peu importe, je m’en fous.

Je soutiens #balancetonporc et #metoo. Tant pis si la terminologie manque d’élégance, tant pis si cela signifie faire partie du mouvement de foule, tant pis si d’aucuns pensent pour une raison ou pour une autre que c’est inapproprié. Je ne connais pas une femme qui n’ait un souvenir de harcèlement de rue. C’est ça qui est inapproprié.

J’ai pris position sur certains profils de réseaux sociaux, j’en ai parlé en dehors et maintenant ici. Madame Curves, elle se situe un peu là-dedans, dans cette démarche de définition de ce que je suis. Elle ne me résume pas ; j’en veux pour preuve cette prise de parole intempestive aujourd’hui au beau milieu de ses articles chéris sur le vernis à ongles, les fards et le shopping. Mais elle manifeste tout de même son droit – mon droit – à la normalité et à la futilité. En cela, j’aime à penser qu’elle joue son rôle et qu’à défaut de solutionner quoi que ce soit sur la chosification du corps et la place de la femme dans la société, elle aura au moins pu affirmer sa légitimité à être ce qu’elle veut. C’est un modeste début.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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